Contrefiches et éparrons

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Contrefiches et éparrons

CATEGORIE : Histoire , Patrimoine

Une contrefiche, en savoyard « eparo », est une pièce de la charpente d’un toit qui relie un poteau vertical à une panne horizontale pour qu’elle ne cintre pas.

Sous l’avant-toit débordant des côté Est et Ouest des anciennes fermes du Val Montjoie, on voit des contrefiches plus courtes semblant soutenir les pannes de la charpente. Dans son ouvrage sur Cordon, JP Brusson appelle ces contreforts des « bossé ». Quant à Sophie Villemin, dans son mémoire de recherche consacré en 1978 à ces témoins du passé , elle les appelle « éparrons » suivant le patois des Contamines.

En épicéa, coupé dans le sens des fibres du bois et équarri à la hache, l’éparron mesure entre cinquante centimètres et un mètre suivant l’importance du toit. Le plus ancien éparron existant actuellement aux Contamines, sur une maison de Nivorin, date de 1643. Mais c’est surtout à partir du milieu du 18ème siècle et jusqu’en 1900 que de nombreuses fermes affichent systématiquement leurs éparrons, creusés à la gouge et peints au trait avec du jus de myrtille ou du sang de bœuf.

Souvent inaperçus parce que malmenés par le temps et les intempéries, d’une facture esthétique et symbolique remarquable, ces pièces du patrimoine en disent long sur l’histoire des maisons du village. On y lit des invocations à Dieu et à ses saints, des maximes morales ou philosophiques mais surtout le nom du propriétaire avec la date de construction, le tout accompagné de motifs symboliques ou religieux tels que croix, monogrammes du Christ (INRI, IHS), fleurs, cœurs, nœud savoyard, pots à feu, couronnes, étoiles, lune, soleil, ostensoirs et calices…

C’est le charpentier qui les sculptait. Comme ces « éparrons » étaient une sorte de « carte d’identité » du propriétaire, celui-ci devait donner pour la réalisation de ces petits chefs-d’œuvre, des indications très précises suivant sa philosophie, ses croyances et sa culture,.
Ainsi, une certaine Mima annonce fièrement sa façon de penser de ses voisins: on la voit représentée sur un éparron de sa maison, chevauchant son mulet avec au dessous la déclaration: « Pauvre Mima, que tu est bête – Si je le suis, ça ne regarde personne! »

D’autres propriétaires affichent leur morale, leur piété, ou leur philosophie, comme un gage de l’intégrité des habitants de la demeure. Mais pour la plupart beaucoup de ces inscriptions et images sont une invocation vers le ciel pour placer la maison et ses habitants sous la protection de Dieu et de ses saints contre le feu, l’eau, l’avalanche…

St Vierge MR écarte de moi la foudre le feux et les avalanches

On trouve des « éparrons » à Megève, Combloux, Chamonix … mais il semble que c’est dans la vallée du Bonnant que l’on en trouve le plus.

Sources : Revue EN COUTERE n° 23 (MJC St Gervais)
« Les Contamines en confidences »
« Un art méconnu: l’éparron » Mémoire de recherche Sophie VILLEMIN (1978)

Quelques invocations, sentences et proverbes relevés sur les éparrons

« Dieu bénisse cette maison »

« Dieu soit béni »

« Sainte vierge écarte de moi la foudre et les feux et les avalanches »

« Je brûle au pied de mon Rédempteur »

« Paix et union soient dans cette maison »

« O Crux ave pax nobis »

« Que Dieu bénisse cette maison et que rien de mauvais nous tente »

« Jésus, Marie, Joseph, Joachim et Anne je vous recommande
mon âme et ma vie et toute ma famille »

« Mon Dieu tendez-moi la main »

« La vertu rend l’homme heureux »

« La fin de tout »

« A la religion soyez fidèle, on ne sera jamais honnête homme sans elle »

« Sagement ne craindra le dernier moment »

« Une once d’humilité vaut mieux qu’un mil de vanité »
« Il n’est point sous le ciel de fortune assurée,
être riche n’est rien, le tout est d’être heureux. »

« Le mépris des grandeurs vaut mieux que leurs conquête »

« Sol omnibus »

« Bonjour astre lumineux qui dans ta course fertilise la terre,
éclaire les hommes «

« Le plaisir de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans plaisir »


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