Notre Dame de la Gorge, sanctuaire à répit
CATEGORIE : Mémoire , Oratoires & chapelles , Patrimoine
Avoir des enfants était un devoir pour transmettre un nom, des valeurs et un patrimoine, mais surtout parce que pour la famille c’était des bras et pour la vieillesse la sécurité.
Des familles de 6, 7, voire10 enfants ou plus n’étaient pas rares. Mais les famines, les guerres, les épidémies se chargeaient de ramener la moyenne à seulement 3 ou 4 enfants qui arrivaient à l’âge adulte pour perpétuer la lignée et hériter du patrimoine. D’où l’anxiété des parents à la mort d’un enfant en bas âge et à plus forte raison d’un enfant mort-né : ce dernier n’ayant pas de nom, puisque non baptisé, n’existait pas pour la communauté des vivants, et surtout, pour l’Église, marqué du péché originel, il était interdit de paradis.
Donc, double peine pour ces parents qui, ici-bas, séparés de leur enfant par la mort, l’étaient de même pour l’éternité puisque ne pouvant atteindre la béatitude éternelle. C’est pourquoi, pour alléger la peine de ces parents, les théologiens inventèrent les limbes. C’était un lieu où les enfants non baptisés, marqués du péché originel, mais n’ayant jamais péché, donc pas condamnés aux flammes de l’enfer, pouvait cependant trouver un semblant de repos éternel.
Ce n’était qu’un pis-aller qui ne pouvait consoler la peine des parents. Les sage-femmes, qu’on appelait matrones, firent preuve de complicité et de grande ingéniosité afin que l’enfant mort-né ou en passe de l’être puisse être baptisé malgré tout, soit en ondoyant la partie du corps de l’enfant sortie du sein maternel, ça pouvait n’être qu’un bras, soit en employant éponge, clystère… pour l’ondoyer à l’intérieur du corps de la mère. Il pouvait être alors enterré dans le cimetière paroissial. Sinon c’était pour les uns, au mieux la sépulture de l’autre côté de la clôture avec les suicidés, les accidentés et victimes de meurtres, pour d’autres un trou au fond du jardin.

Si par malheur ce baptême au rabais n’avait pu avoir lieu, on avait recours au miracle des Saints ou de la Vierge dans un des sanctuaires à répit dont ND de la Gorge faisait partie. On y amenait l’enfant mort qu’on déposait sur l’autel et la communauté des parents et voisins se relayait pour prier jour et nuit en surveillant le moindre signe de vie. Cela pouvait durer 2 ou 3 jours, selon l’état de décomposition du corps. Il suffisait d’une coloration du visage, d’un souffle, d’un mouvement de poitrine, ne serait-ce que d’une seconde pour que l’enfant soit ondoyé et déclaré baptisé. On pouvait alors l’ensevelir en terre chrétienne, souvent dans le cimetière attenant. Les parents pouvaient commencer leur deuil, le bébé mort ne viendrait pas les perturber. Au contraire, ils avaient un ange pour les protéger.
La coutume voulut que, comme le cimetière n’était plus utilisé depuis le rattachement de la paroisse de la Gorge à celle des Contamines, on prit l’habitude d’y reléguer tous les marginaux de la communauté chrétienne : suicidés, accidentés, assassinés…

A notre connaissance, pour ND de la Gorge, nous n’avons pas, comme il en existe pour d’autres chapelles de ce type, de documents écrits relatant des miracles en rapport avec ces pratiques de répit. Cependant, à l’occasion d’un fait divers à propos d’un suicide, qui divisa le village en 1879, le maire des Contamines fit mention de ce cimetière où il était coutume d’enterrer tous les réprouvés du village dont les enfants mort-nés.
André Garcia
sources :
– la mort et le salut spirituel du nouveau-né (J. Gelis)
– Sanctuaires à répit (B. Rochelandais)
– Résurrection du nourrisson (D. Carton)
– Baptême à répit (M. Laget)